20 ans d’écart

20 ans d'écart (1)


Réalisation
 : David Moreau
Interprétation : Virginie Efira, Pierre Niney, Charles Berling, Blanche Gardin, Gilles Cohen…
Durée : 1h32
Sortie le 6 mars 2013

Pourquoi se dire qu’il était intéressant d’aller voir ce film ? Pour un grand comédien qui en est à l’affiche : Pierre Niney. Ce jeune acteur nous sublimes de rôle en rôle. Plus jeune comédien à intégrer la Comédie Française (à 21 ans), il nous avait fait pleurer et pleurer de rire dans Comme des Frères de Hugo Gélin. Il était également nommé comme meilleur espoir masculin, mais s’est incliné face à Matthias Schonaerts. Il faut dire que c’était de loin la catégorie la plus relevée des Césars…

Bref, tout ça pour dire que même si le film avait l’air scénaristiquement pauvre, on pouvait en espérer du bon, de par la présence de Pierre Niney. Et on n’est pas déçus, l’acteur nous régale de son talent comique du début à la fin. Son jeu est virevoltant, émouvant. Les mecs s’identifient à lui, et les filles en tombent toutes amoureuses (d’après les commentaires qu’on pouvait entendre en fin de séance en tous cas).

20 ans d'écart (2)

Mais venons-en au film maintenant. Comme vous avez pu l’entendre dans la bande-annonce, c’est l’histoire d’une femme (Virginie Efira) acharnée dans son boulot – elle travaille pour la revue « rebelle », un équivalent fictif de « Elle ». Pour obtenir le poste de rédactrice chef, elle essaye de casser son image de bourgeoise coincée. Et pour cela, elle jette son dévolu sur le jeune Pierre Niney, et fait croire qu’elle sort avec lui.

Bon, à priori pas transcendant, mais finalement, dès les premières minutes du film, le duo Niney-Efira fait merveille et nous emporte avec eux. Si le film est film de façon extrêmement académique et ne fait pas vraiment preuve d’inventivité, le plaisir qu’il procure vient de ses interprètes, tous excellents. Niney on en a déjà parlé. Virginie Efira s’éclate dans son rôle de femme acariâtre qui tente de lutter contre cette image. On sent que ce rôle lui tient à cœur, car enfin on ne la prend plus pour son physique de meneuse de revue, mais pour un rôle de femme mûre.
Mention spéciale à Charles Berling qui joue le père de Pierre Niney. Il hilarant dans son rôle de papa beauf, tentant de rester « djeun’s ».

Finalement, on craignait que le film tombe dans les travers qu’on ne cesse de reprocher au cinéma français, pourtant, il a un petit quelque chose en plus qui nous fait ressortir de la salle le sourire aux lèvres. Et c’est déjà pas mal !

20 ans d’écart, un film qui vaut le détour !

Merlin Pitois

A la merveille

A la merveille

Réalisation : Terrence Malick
Interprétation : Olga Kurylenko, Ben Affleck, Javier Bardem, Rachel MacAdams…
Durée : 1h52
Sortie le 6 mars 2013

Comment ça ? Vous ne connaissez pas Terrence Malick ? Vous n’avez jamais entendu parler de celui qu’on présente comme le successeur de Stanley Kubrick ? Mais si, souvenez-vous, Malick est celui qui a gagné la palme d’or au festival de Cannes il y a deux ans pour son très controversé The Tree of Life. Cette histoire mêlant dans la narration l’origine du monde et le destin d’une famille américaine particulière. Avec à sa tête Brad Pitt, Sean Penn et Jessica Chastain, ce film marquait le grand retour de Malick au cinéma, des années après son précédent – et excellent – film : Le nouveau monde.

Cette semaine sortait en salle son dernier film : A la merveille. Avec à son casting Ben Affleck (qui a bien fait parlé de lui ces derniers mois avec Argo), avec Olga Kurylenko (la James Bond girl de Quantum of Solace), Javier Bardem (le méchant déluré de Skyfall) ou encore Rachel MacAdams (récemment à l’affiche de Passion de Brian de Palma), c’était déjà un bon indicateur pour espérer le meilleur de ce film.

En plus, une partie du film est tournée en France et au Mont Saint-Michel. Ce qui est du presque jamais vu, ou en tous cas pas comme ça. Malick est le premier à filmer pour le cinéma les intérieurs du Mont, et on en a pour notre argent pour le plaisir des yeux. D’ailleurs, il est complètement fou, il est allé tourner dans la baie du Mont Saint Michel, vous savez, cette baie où il y a tout le temps des touristes qui meurent dans les sables mouvants. Terrence Malick, lui, il emmène ses acteurs jouer dans les sables mouvants. Même pas peur ! Et bien moi j’ai eu peur pour eux…

Mais c’est bien là le seul moment de suspense, de tension, et même de simple captation de l’attention du spectateur, parce que dès 10 minutes de film, on commence à s’ennuyer un peu, on se demande où il veut nous emmener… Alors au bout d’une heure, je ne vous raconte pas… Et quand on pense que ça y est, c’est parti, il va enfin se passer quelque chose, ça retombe dans des plans de paysages – certes magnifiques – mais chiants à mourir. On espère tellement qu’il y ait un psychopathe enragé qui vienne mettre le bordel dans ce film, qui tourne au ralenti pour ne pas parler de grand-chose…

En bon critique de cinéma que je suis, je me suis littéralement attaché à mon siège, j’ai ouvert grand mes paupières, et j’ai essayé de comprendre ce qu’il voulait faire ou dire. Ben j’ai toujours pas compris. Par contre, je me suis posé plein de questions : est-ce un film sur le couple ? Sur la liberté ? Sur l’institution du mariage et ses conséquences ?      Au final, je pense que ce film traite plutôt de la spiritualité dans nos vies – pas forcément la spiritualité religieuse… Est-ce que le but est de nous dire que l’amour fait mal, que le bonheur n’est que passager ?  Ce film aurait aussi pu s’appeler Melancholia, car la mélancolie est le point commun entre tous les personnages. Est-ce un film sur le doute ?…

En gros, le jeu dans ce film, ce n’est pas d’essayer de comprendre ce qu’il veut dire, mais de comprendre les questions qu’il pose. La seule certitude qu’on peut avoir, c’est que Malick a du se faire plaquer et qu’il a eu besoin de faire ce film pour l’exorciser…

Sinon, concernant les acteurs, rien à dire, il font le job, et plutôt bien. Mention spéciale à Olga Kurylenko, qui tient le rôle principal du film, et qui joue essentiellement en français. Elle maîtrise parfaitement la langue et confirme son polyglotisme : en plus de l’ukrainien, sa langue maternelle, elle maîtrise donc le français, l’anglais, et l’espagnol comme on avait constaté dans Quantum of Solace. Mais ce n’est pas son seul talent, elle est extrêmement juste dans tous ses rôles et vient apporter beaucoup de relief au scénario d’A la merveille.

Par contre, Ben Affleck qui est présenté comme le premier rôle est très en retrait et doit avoir 3 répliques dans le film. Néanmoins, sa présence est remarquable.

Quand à Javier Bardem, ce grand acteur espagnol, on avait hâte de le découvrir en curé d’une paroisse retirée. Mais comme Sean Penn dans The Tree of Life, il est relégué à une place très secondaire. Il n’a que quelques plans où son hobby est de douter de sa foi en Dieu. Il a l’air de se demander ce qu’il fout là et nous aussi.

Et pour habiller tout ça, par contre, Malick a sorti sa grosse artillerie : il sort les violons pour l’ouverture orchestrale du film, il nous passe ses morceaux préférés de Chostachovitch, de Dvorak ou de Rachmaninov. Comme à l’accoutumée, il nous immerge dans une ambiance particulière, en filmant les paysages en les magnifiant. D’ailleurs, il adore les couchés de soleil, il faudrait en faire le compte parmi tous ses films, mais il doit bien y en avoir une cinquantaine… Il ouvre avec des plans sur les amoureux Ben Affleck et Olga Kurylenko, la caméra virevolte autour d’eux, recréant la magie et la légèreté du moment.

affleck - kurylenko

Ben Affleck et Olga Kurylenko

Puis plus le film avance, plus les plans sont fixes, immobiles, illustrant la chute amoureuse des acteurs… Olga Kurylenko est filmée en plans très mobiles, caméra à l’épaule, alors que Ben Affleck est film en plans fixes, afin de marquer le fossé qui sépare les deux personnages.

Quant au montage, il est très particulier, antiacadémique. Les dialogues pris en direct sur certains plans sont illustrés par d’autres plans. Il y a aussi une récurrence des voix off  typiquement malickiennes. Et pour finir, Malick nous emmène dans son histoire à l’aide des ambiances sonores. Vous pourrez le constater, il y a très peu de bruitages et de sons d’ambiance. On plonge au plus profond de l’âme des personnages grâce à ce traitement du son.

Au final, une seule question : mais c’est quoi ce film ? Et je suis désolé, mais je ne peux pas y répondre. Seule piste que j’ai imaginée : c’est en fait le film de ses vacances en France : le film ouvre sur Paris puis le Mont Saint Michel, et finit avec Versailles (et pour Versailles, sans la moindre raison à part que c’est beau…).

Merlin Pitois

Top 10 films 2012

C’est le petit jeu de tous les critiques à chaque fin d’année, alors pas question d’y échapper. Voici le palmarès des meilleurs films de l’année 2012 pour la rédaction de Silence, ça tourne !

beasts of the southern wild

1. Les bêtes du Sud sauvage (Benh Zeitlin)

Take Shelter

2. Take Shelter (Jeff Nichols)

3. Perfect Sense (David Mackenzie)

3. Perfect Sense (David Mackenzie)

The we and the I (Michel Gondry)

4. The we and the I (Michel Gondry)

margin call

5. Margin Call (J.C. Chandor)

Roayl Affair

6. A Royal Affair (Nicolaj Arcel)

the hunt

7. La Chasse (Thomas Vinterberg)

skyfall

8. Skyfall (Sam Mendes)

moonrise kingdom

9. Moonrise Kingdom (Wes Anderson)

comme des fères

10. Comme des frères (Hugo Gélin)

Merlin Pitois

Comme des frères

Comme des frères

Réalisation : Hugo Gélin
Interprétation : Mélanie Thierry, Pierre Niney, François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle…
Durée : 1h44
Sortie le 21 novembre 2012

Un an après la sortie d’Intouchables, son succès au box-office demeure inexplicable. Qu’avait-il de plus qu’un autre pour friser les vingt millions de spectateurs ?
Alors que cette question reste sans réponse, un autre film a toutes les cartes en main pour connaître un succès semblable, peut-être même plus encore que le film de Nakache et Toledano (permettez-moi de me mouiller).

Comme des frères est le premier long-métrage d’Hugo Gélin (fils de Xavier, et petit-fils de Daniel). Ce jeune metteur-en-scène se décrit lui-même comme un « réalisateur avec la silhouette de Fido Dido, les lunettes de Woody Allen et le bouquin de Franck Capra dans la poche ». Il signe un long-métrage étonnant, surprenant même. Par tant de maîtrise, de subtilité et d’inspiration.

Pierre Niney, François-Xavier Demaison et Nicolas Duvauchelle

Pierre Niney, François-Xavier Demaison et Nicolas Duvauchelle

Ce film est l’histoire de trois mecs qui ne s’apprécient guère, et qui n’ont rien de commun, sinon une amitié mêlant passion, amour et admiration pour une femme : Charlie (Mélanie Thierry). Mais Charlie est emportée par la maladie et laisse seuls ces trois grands gamins qui sont désemparés face à sa disparition.

Ils lui avaient promis avant sa mort de l’accompagner pour un dernier voyage jusqu’à sa petite maison en Corse. Mais, partie plus tôt que prévu, elle leur demande de faire ce voyage sans elle. Alors Boris, le quadra businessman (Demaison), Elie, le scénariste noctambule en pleine crise de la trentaine (Duvauchelle) et Maxime, le jeunot de vingt ans en pleine crise d’adulte (Niney), prennent la route vers le Sud. Et plus ils avancent, plus on les découvre, plus on comprend pourquoi ils étaient si dingues de Charlie, pourquoi ils ont tout plaqué pour faire ce voyage insensé (« le genre de connerie qu’on fait pour les gens qu’on aime » dit Micheline Presle dans le film).

Ce film peut paraître un fourre-tout : est-ce un road-movie, un film de potes, une comédie, un film sur le deuil ? Il y a un peu de tout cela, et c’est ce qui fait sa force. Il est si complet, si complexe… Comme l’est la vie. Hugo Gélin n’essaye pas de nous donner une histoire édulcorée, romancée, mais une histoire profonde, réelle, comme on peut en avoir vécues. C’est la force principale de ce film, c’est que, qui que vous soyez, vous vous y retrouverez, vous vous y reconnaîtrez.

Et c’est en grande partie grâce au travail de ce quatuor magique d’acteurs.
Mélanie Thierry est rayonnante, lumineuse, juste et émouvante ; on comprend la fascination des trois garçons pour elle. Elle a été récompensée pour ce rôle d’un prix d’interprétation au festival du film de la Réunion. Tout comme son partenaire Nicolas Duvauchelle, pour qui c’est une première expérience que de jouer dans une comédie. Mais quelle première ! Il joue savoureusement sur son côté ténébreux en le tournant en dérision, et joue sur l’évolution de son personnage en pleine crise de la trentaine.
Demaison, le seul spécialiste de la comédie, est excellent, mais on pourrait craindre qu’il monopolise l’écran. Pourtant il laisse la place au jeu de ses acolytes.

©piu bella photographie
FX Demaison, Pierre Niney et Hugo Gélin

Et que dire de Pierre Niney, ce comédien de théâtre devenu il y a deux ans le plus jeune pensionnaire de l’histoire de la Comédie Française, que ses partenaires de jeu ont surnommé « le Justin Bieber du théâtre ». Déjà nommé l’année dernière aux Césars comme révélation masculine, il risque fortement de réitérer l’expérience et de rafler cette année la mise. Il joue finement sur les variations de son personnage, à la fois hilarant et grave, mur et ingénu.

Si ce quatuor est si brillant, c’est grâce à l’équilibre entre les prestations de chaque acteur et à la direction de ce grand réalisateur qu’est Hugo Gélin. Néanmoins, on ne le dira jamais assez, Pierre Niney est la grande révélation de ce long-métrage.

Et, comme si tout cela ne suffisait pas à faire de ce long-métrage un très grand film, n’oublions pas la bande-originale du film, qui, elle aussi, est exceptionnelle. Pour l’occasion, Hugo Gélin a fait appel au groupe Revolver, qui a orchestré l’intégralité du film avec sa pop caractéristique qu’on lui connait. Au son des guitares acoustiques, du violoncelle et de la voix d’Ambroise et de ses complices, on se laisse, emporter sur la route de la Corse en compagnie du trio. Un album savoureux à retrouver dès la sortie du film dans les bacs.

Comme des frères est un film simple, original, inattendu, dont on sort avec un sourire béat pendu aux lèvres et le cœur léger. Tant de points communs avec Intouchables… En tous cas, on lui souhaite vraiment pareil succès.
C’est LE film de cette fin d’année 2012. Surtout, ne le ratez pas.

Merlin Pitois

Emission n°2 : 17/11/12

Sortez vos agendas !
Samedi 17 novembre à 16h a lieu le deuxième numéro de « silence, ça tourne », l’émission cinéma de Radio Campus Rennes.
Soyez à l’écoute sur http://www.radiocampusrennes.fr, ou sur le 88.4 fm !

  • Au programme de cette émission :

– L’invité de la semaine : Les organisateurs du festival national du film d’animation de Bruz nous parlerons de ce festival qui monte, qui monte…

– Le dossier de cette émission sera l’acteur danois Mads Mikkelsen, à l’affiche de deux films en deux semaines : La Chasse et Royal Affair.

– Le cahier critique : Argo, Après Mai et Frankenweenie seront au menu du jour.

– L’agenda : tous les évènements ciné de Rennes et sa région