20 ans d’écart

20 ans d'écart (1)


Réalisation
 : David Moreau
Interprétation : Virginie Efira, Pierre Niney, Charles Berling, Blanche Gardin, Gilles Cohen…
Durée : 1h32
Sortie le 6 mars 2013

Pourquoi se dire qu’il était intéressant d’aller voir ce film ? Pour un grand comédien qui en est à l’affiche : Pierre Niney. Ce jeune acteur nous sublimes de rôle en rôle. Plus jeune comédien à intégrer la Comédie Française (à 21 ans), il nous avait fait pleurer et pleurer de rire dans Comme des Frères de Hugo Gélin. Il était également nommé comme meilleur espoir masculin, mais s’est incliné face à Matthias Schonaerts. Il faut dire que c’était de loin la catégorie la plus relevée des Césars…

Bref, tout ça pour dire que même si le film avait l’air scénaristiquement pauvre, on pouvait en espérer du bon, de par la présence de Pierre Niney. Et on n’est pas déçus, l’acteur nous régale de son talent comique du début à la fin. Son jeu est virevoltant, émouvant. Les mecs s’identifient à lui, et les filles en tombent toutes amoureuses (d’après les commentaires qu’on pouvait entendre en fin de séance en tous cas).

20 ans d'écart (2)

Mais venons-en au film maintenant. Comme vous avez pu l’entendre dans la bande-annonce, c’est l’histoire d’une femme (Virginie Efira) acharnée dans son boulot – elle travaille pour la revue « rebelle », un équivalent fictif de « Elle ». Pour obtenir le poste de rédactrice chef, elle essaye de casser son image de bourgeoise coincée. Et pour cela, elle jette son dévolu sur le jeune Pierre Niney, et fait croire qu’elle sort avec lui.

Bon, à priori pas transcendant, mais finalement, dès les premières minutes du film, le duo Niney-Efira fait merveille et nous emporte avec eux. Si le film est film de façon extrêmement académique et ne fait pas vraiment preuve d’inventivité, le plaisir qu’il procure vient de ses interprètes, tous excellents. Niney on en a déjà parlé. Virginie Efira s’éclate dans son rôle de femme acariâtre qui tente de lutter contre cette image. On sent que ce rôle lui tient à cœur, car enfin on ne la prend plus pour son physique de meneuse de revue, mais pour un rôle de femme mûre.
Mention spéciale à Charles Berling qui joue le père de Pierre Niney. Il hilarant dans son rôle de papa beauf, tentant de rester « djeun’s ».

Finalement, on craignait que le film tombe dans les travers qu’on ne cesse de reprocher au cinéma français, pourtant, il a un petit quelque chose en plus qui nous fait ressortir de la salle le sourire aux lèvres. Et c’est déjà pas mal !

20 ans d’écart, un film qui vaut le détour !

Merlin Pitois

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A la merveille

A la merveille

Réalisation : Terrence Malick
Interprétation : Olga Kurylenko, Ben Affleck, Javier Bardem, Rachel MacAdams…
Durée : 1h52
Sortie le 6 mars 2013

Comment ça ? Vous ne connaissez pas Terrence Malick ? Vous n’avez jamais entendu parler de celui qu’on présente comme le successeur de Stanley Kubrick ? Mais si, souvenez-vous, Malick est celui qui a gagné la palme d’or au festival de Cannes il y a deux ans pour son très controversé The Tree of Life. Cette histoire mêlant dans la narration l’origine du monde et le destin d’une famille américaine particulière. Avec à sa tête Brad Pitt, Sean Penn et Jessica Chastain, ce film marquait le grand retour de Malick au cinéma, des années après son précédent – et excellent – film : Le nouveau monde.

Cette semaine sortait en salle son dernier film : A la merveille. Avec à son casting Ben Affleck (qui a bien fait parlé de lui ces derniers mois avec Argo), avec Olga Kurylenko (la James Bond girl de Quantum of Solace), Javier Bardem (le méchant déluré de Skyfall) ou encore Rachel MacAdams (récemment à l’affiche de Passion de Brian de Palma), c’était déjà un bon indicateur pour espérer le meilleur de ce film.

En plus, une partie du film est tournée en France et au Mont Saint-Michel. Ce qui est du presque jamais vu, ou en tous cas pas comme ça. Malick est le premier à filmer pour le cinéma les intérieurs du Mont, et on en a pour notre argent pour le plaisir des yeux. D’ailleurs, il est complètement fou, il est allé tourner dans la baie du Mont Saint Michel, vous savez, cette baie où il y a tout le temps des touristes qui meurent dans les sables mouvants. Terrence Malick, lui, il emmène ses acteurs jouer dans les sables mouvants. Même pas peur ! Et bien moi j’ai eu peur pour eux…

Mais c’est bien là le seul moment de suspense, de tension, et même de simple captation de l’attention du spectateur, parce que dès 10 minutes de film, on commence à s’ennuyer un peu, on se demande où il veut nous emmener… Alors au bout d’une heure, je ne vous raconte pas… Et quand on pense que ça y est, c’est parti, il va enfin se passer quelque chose, ça retombe dans des plans de paysages – certes magnifiques – mais chiants à mourir. On espère tellement qu’il y ait un psychopathe enragé qui vienne mettre le bordel dans ce film, qui tourne au ralenti pour ne pas parler de grand-chose…

En bon critique de cinéma que je suis, je me suis littéralement attaché à mon siège, j’ai ouvert grand mes paupières, et j’ai essayé de comprendre ce qu’il voulait faire ou dire. Ben j’ai toujours pas compris. Par contre, je me suis posé plein de questions : est-ce un film sur le couple ? Sur la liberté ? Sur l’institution du mariage et ses conséquences ?      Au final, je pense que ce film traite plutôt de la spiritualité dans nos vies – pas forcément la spiritualité religieuse… Est-ce que le but est de nous dire que l’amour fait mal, que le bonheur n’est que passager ?  Ce film aurait aussi pu s’appeler Melancholia, car la mélancolie est le point commun entre tous les personnages. Est-ce un film sur le doute ?…

En gros, le jeu dans ce film, ce n’est pas d’essayer de comprendre ce qu’il veut dire, mais de comprendre les questions qu’il pose. La seule certitude qu’on peut avoir, c’est que Malick a du se faire plaquer et qu’il a eu besoin de faire ce film pour l’exorciser…

Sinon, concernant les acteurs, rien à dire, il font le job, et plutôt bien. Mention spéciale à Olga Kurylenko, qui tient le rôle principal du film, et qui joue essentiellement en français. Elle maîtrise parfaitement la langue et confirme son polyglotisme : en plus de l’ukrainien, sa langue maternelle, elle maîtrise donc le français, l’anglais, et l’espagnol comme on avait constaté dans Quantum of Solace. Mais ce n’est pas son seul talent, elle est extrêmement juste dans tous ses rôles et vient apporter beaucoup de relief au scénario d’A la merveille.

Par contre, Ben Affleck qui est présenté comme le premier rôle est très en retrait et doit avoir 3 répliques dans le film. Néanmoins, sa présence est remarquable.

Quand à Javier Bardem, ce grand acteur espagnol, on avait hâte de le découvrir en curé d’une paroisse retirée. Mais comme Sean Penn dans The Tree of Life, il est relégué à une place très secondaire. Il n’a que quelques plans où son hobby est de douter de sa foi en Dieu. Il a l’air de se demander ce qu’il fout là et nous aussi.

Et pour habiller tout ça, par contre, Malick a sorti sa grosse artillerie : il sort les violons pour l’ouverture orchestrale du film, il nous passe ses morceaux préférés de Chostachovitch, de Dvorak ou de Rachmaninov. Comme à l’accoutumée, il nous immerge dans une ambiance particulière, en filmant les paysages en les magnifiant. D’ailleurs, il adore les couchés de soleil, il faudrait en faire le compte parmi tous ses films, mais il doit bien y en avoir une cinquantaine… Il ouvre avec des plans sur les amoureux Ben Affleck et Olga Kurylenko, la caméra virevolte autour d’eux, recréant la magie et la légèreté du moment.

affleck - kurylenko

Ben Affleck et Olga Kurylenko

Puis plus le film avance, plus les plans sont fixes, immobiles, illustrant la chute amoureuse des acteurs… Olga Kurylenko est filmée en plans très mobiles, caméra à l’épaule, alors que Ben Affleck est film en plans fixes, afin de marquer le fossé qui sépare les deux personnages.

Quant au montage, il est très particulier, antiacadémique. Les dialogues pris en direct sur certains plans sont illustrés par d’autres plans. Il y a aussi une récurrence des voix off  typiquement malickiennes. Et pour finir, Malick nous emmène dans son histoire à l’aide des ambiances sonores. Vous pourrez le constater, il y a très peu de bruitages et de sons d’ambiance. On plonge au plus profond de l’âme des personnages grâce à ce traitement du son.

Au final, une seule question : mais c’est quoi ce film ? Et je suis désolé, mais je ne peux pas y répondre. Seule piste que j’ai imaginée : c’est en fait le film de ses vacances en France : le film ouvre sur Paris puis le Mont Saint Michel, et finit avec Versailles (et pour Versailles, sans la moindre raison à part que c’est beau…).

Merlin Pitois

Comme des frères

Comme des frères

Réalisation : Hugo Gélin
Interprétation : Mélanie Thierry, Pierre Niney, François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle…
Durée : 1h44
Sortie le 21 novembre 2012

Un an après la sortie d’Intouchables, son succès au box-office demeure inexplicable. Qu’avait-il de plus qu’un autre pour friser les vingt millions de spectateurs ?
Alors que cette question reste sans réponse, un autre film a toutes les cartes en main pour connaître un succès semblable, peut-être même plus encore que le film de Nakache et Toledano (permettez-moi de me mouiller).

Comme des frères est le premier long-métrage d’Hugo Gélin (fils de Xavier, et petit-fils de Daniel). Ce jeune metteur-en-scène se décrit lui-même comme un « réalisateur avec la silhouette de Fido Dido, les lunettes de Woody Allen et le bouquin de Franck Capra dans la poche ». Il signe un long-métrage étonnant, surprenant même. Par tant de maîtrise, de subtilité et d’inspiration.

Pierre Niney, François-Xavier Demaison et Nicolas Duvauchelle

Pierre Niney, François-Xavier Demaison et Nicolas Duvauchelle

Ce film est l’histoire de trois mecs qui ne s’apprécient guère, et qui n’ont rien de commun, sinon une amitié mêlant passion, amour et admiration pour une femme : Charlie (Mélanie Thierry). Mais Charlie est emportée par la maladie et laisse seuls ces trois grands gamins qui sont désemparés face à sa disparition.

Ils lui avaient promis avant sa mort de l’accompagner pour un dernier voyage jusqu’à sa petite maison en Corse. Mais, partie plus tôt que prévu, elle leur demande de faire ce voyage sans elle. Alors Boris, le quadra businessman (Demaison), Elie, le scénariste noctambule en pleine crise de la trentaine (Duvauchelle) et Maxime, le jeunot de vingt ans en pleine crise d’adulte (Niney), prennent la route vers le Sud. Et plus ils avancent, plus on les découvre, plus on comprend pourquoi ils étaient si dingues de Charlie, pourquoi ils ont tout plaqué pour faire ce voyage insensé (« le genre de connerie qu’on fait pour les gens qu’on aime » dit Micheline Presle dans le film).

Ce film peut paraître un fourre-tout : est-ce un road-movie, un film de potes, une comédie, un film sur le deuil ? Il y a un peu de tout cela, et c’est ce qui fait sa force. Il est si complet, si complexe… Comme l’est la vie. Hugo Gélin n’essaye pas de nous donner une histoire édulcorée, romancée, mais une histoire profonde, réelle, comme on peut en avoir vécues. C’est la force principale de ce film, c’est que, qui que vous soyez, vous vous y retrouverez, vous vous y reconnaîtrez.

Et c’est en grande partie grâce au travail de ce quatuor magique d’acteurs.
Mélanie Thierry est rayonnante, lumineuse, juste et émouvante ; on comprend la fascination des trois garçons pour elle. Elle a été récompensée pour ce rôle d’un prix d’interprétation au festival du film de la Réunion. Tout comme son partenaire Nicolas Duvauchelle, pour qui c’est une première expérience que de jouer dans une comédie. Mais quelle première ! Il joue savoureusement sur son côté ténébreux en le tournant en dérision, et joue sur l’évolution de son personnage en pleine crise de la trentaine.
Demaison, le seul spécialiste de la comédie, est excellent, mais on pourrait craindre qu’il monopolise l’écran. Pourtant il laisse la place au jeu de ses acolytes.

©piu bella photographie
FX Demaison, Pierre Niney et Hugo Gélin

Et que dire de Pierre Niney, ce comédien de théâtre devenu il y a deux ans le plus jeune pensionnaire de l’histoire de la Comédie Française, que ses partenaires de jeu ont surnommé « le Justin Bieber du théâtre ». Déjà nommé l’année dernière aux Césars comme révélation masculine, il risque fortement de réitérer l’expérience et de rafler cette année la mise. Il joue finement sur les variations de son personnage, à la fois hilarant et grave, mur et ingénu.

Si ce quatuor est si brillant, c’est grâce à l’équilibre entre les prestations de chaque acteur et à la direction de ce grand réalisateur qu’est Hugo Gélin. Néanmoins, on ne le dira jamais assez, Pierre Niney est la grande révélation de ce long-métrage.

Et, comme si tout cela ne suffisait pas à faire de ce long-métrage un très grand film, n’oublions pas la bande-originale du film, qui, elle aussi, est exceptionnelle. Pour l’occasion, Hugo Gélin a fait appel au groupe Revolver, qui a orchestré l’intégralité du film avec sa pop caractéristique qu’on lui connait. Au son des guitares acoustiques, du violoncelle et de la voix d’Ambroise et de ses complices, on se laisse, emporter sur la route de la Corse en compagnie du trio. Un album savoureux à retrouver dès la sortie du film dans les bacs.

Comme des frères est un film simple, original, inattendu, dont on sort avec un sourire béat pendu aux lèvres et le cœur léger. Tant de points communs avec Intouchables… En tous cas, on lui souhaite vraiment pareil succès.
C’est LE film de cette fin d’année 2012. Surtout, ne le ratez pas.

Merlin Pitois

Après Mai

Olivier Assayas

Réalisation : Olivier Assayas
Interprétation : Clément Métayer, Lola Créton, Hugo Conzelmann, Félix Armand…
Durée : 2h02
Sortie le 14/11/12

Qu’est vraiment Après Mai ?
Un film engagé ? Une autobiographie de son réalisateur ? La recherche d’une esthétique, de l’ambiance des années 70, par nostalgie de cette époque ?

Après Mai traite de la jeunesse des années « après mai » 68, de ce qu’est devenu l’engagement politique et militant après cette révolution. On suit les tribulations de Gilles (Clément Métayer), sorte d’alter ego d’Assayas à 17-18 ans. Plus qu’un portrait des années 70, le film s’attache à peindre la façon dont Gilles vit l’effervescence politique et artistique de l’époque. Tous ces jeunes gens vont devoir faire des choix, trouver leur place dans une société en pleine mutation.

Après Mai manifestation

La force d’Après Mai, c’est avant tout son propos. Il traite de ces quelques années de transition entre l’adolescence et le passage à l’âge adulte, où les choix que l’on fait sont décisifs pour le reste de notre vie. Les choix de Gilles sont entre la politique et l’art, entre une femme ou une autre, entre la France, l’Italie ou l’Angleterre, entre la peinture et le cinéma. Tous ces choix qu’Assayas a fait il y a près de quarante ans, et qui l’ont amené à réaliser ce film aujourd’hui.

Lola Créton et Clément MétayerAssayas n’essaye pas de représenter fidèlement la jeunesse son époque, mais la jeunesse qu’il a connu lui, à travers ses yeux. Et sans s’inclure dans le récit, ce qui amène un recul – appréciable – dans son traitement du sujet.

Le film comporte du très bon : les costumes, l’esthétique des films tournés en Super 8, la bande-originale allant de la pop-rock « woodstockienne » aux premiers pas de la musique électro…
Malheureusement, il comporte aussi des maladresses : notamment dans le jeu des acteurs, tous novices ou presque. Si certains s’en sortent avec brio, d’autres sont moins crédibles, comme s’ils ne croyaient pas eux-mêmes à ce qu’ils disent. A force de laisser tant de liberté à ses acteurs, Assayas en oublie de les diriger, ce qui se révèle assez lourd de conséquences au vu du manque d’expérience des comédiens.

Assayas nous surprend avec Après Mai. C’est un film parfois maladroit et un peu trop long (2h02), mais qui mérite quand même le détour pour le propos traité avec passion et subtilité. Un film d’autant plus intéressant pour le jeune public qui n’a pas connu cette époque, mais n’entend que les récits fantasmagoriques et nostalgiques de ses aînés.

Merlin Pitois

©piu bella photographie
Olivier Assayas et ses deux comédiens : Clément Métayer et Hugo Conzelmann

La Chasse

Réalisation : Thomas Vinterberg
Interprètes : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp…
Durée : 1h51 – Danois
Sortie le 14 Novembre 2012

Comment ça le cinéma danois n’existe pas ? Un peu qu’il existe ! Et on s’en rend compte à Cannes :
– 1988 : Palme d’or pour Pelle le conquérant de Bille August (danois)
– 1992 : Palme d’or pour Les Meilleures intentions de Bille August (danois)
– 2000 : Palme d’or pour Dancer in the Dark de Lars Von Trier (danois)
– 2009 : prix du jury oecuménique pour Antichrist de Lars Von Trier (danois)
– 2011 : prix de la mise en scène pour Drive de Nicolas Winding Refn (danois), prix d’interprétation féminine pour Melancholia de Lars Von Trier (danois)

Vous voyez ? Le cinéma danois n’est peut-être pas aussi connu que le cinéma hollywoodien, mais il se défend plutôt bien grâce à quelques réalisateurs talentueux à la renommée mondiale. L’année dernière, il avait déjà bien fait parler de lui par la polémique créée par Lars Von Trier, lorsqu’il avait dit en conférence de presse qu’il « comprenait Hitler », mais aussi grâce au phénoménal succès qu’a connu Drive.

Cette année, il risque encore de faire parler de lui par le biais d’un film : Jagten (La chasse).   Il est en compétition officielle et risque de rafler au moins une, voir plusieurs distinctions…

Voici l’histoire de ce film : après un divorce difficile, Lucas, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent, dont la garde a été confiée à sa mère. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

Mads Mikkelsen et Thomas Vinterberg

     Jagten a pour force de ne pas tomber dans une empathie pour le personnage de Lucas, ou d’en faire un héros.  Ce film nous est présenté par un jeune réalisateur danois : Thomas Vinterberg, qui vient confirmer la bonne santé du cinéma danois, ainsi que son renouveau.
Cette histoire est portée à l’écran par un acteur hors-du-commun : le grand Mads Mikkelsen (que vous avez probablement vu dans un des derniers James Bond : Casino Royale), acteur vibrant qu’on a plaisir à voir revenir à des productions danoises après quelques excursions dans des films américains « à gros budget » (Le choc des titans, Les trois mousquetaires…)

     Jagten est un film complet, maîtrisé et subtil, dont nous vous conseillons vivement le visionnage dès sa sortie.

       Merlin Pitois

Argo

Réalisation : Ben Aflleck
Interprètes : Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin…
Producteurs : George Clooney, Ben Affleck, Grant Heslov
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h59
Sortie le 7 novembre 2012

Bryan Cranston et Ben Affleck

A quarante ans, l’acteur Ben Affleck en est à sa troisième réalisation, pour notre plus grand plaisir. Après Gone Baby Gone et The Town, il revient derrière la caméra pour réaliser Argo, un thriller politique, genre qui commence à devenir sa marque de fabrique.

Argo est tout sauf une révolution dans le cinéma américain. Inspiré de faits réels, il traite d’une histoire d’espionnage, classée secrète, que Ben Affleck et les studios Warner Bros ont ramené au jour. Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Ben Affleck réalisateur
Mais six d’entre eux parviennent à s’échapper et trouvent refuge chez l’ambassadeur du Canada. Pour exfiltrer ces six ressortissants américains, la CIA invente une histoire pour le moins… originale, pour passer les contrôles iraniens. Un spécialiste de l’exfiltration (Ben Affleck), invente invente un faux-film tourné en Iran pour justifier sa venue en Iran et son départ avec l’équipe de tournage (les réfugiés américains). Ce plan a très peu de chances de réussir, mais la CIA choisi de le tenter quand même…

Côté thriller politique, Ben Affleck nous ravis par sa maîtrise de l’exercice de style. Il est largement au niveau des ses pairs (Scorsese, Ridley Scott…). Le film est servi par un casting à l’image de l’acteur-réalisateur : pas hors-du commun mais impeccable. John Goodman (The Artist) apporte humour et bonhomie par son rôle de producteur hollywoodien, et Bryan Cranston (Breaking Bad) est excellent dans le rôle du boss d’Affleck à la C.I.A.

On appréciera l’auto-dérision de Ben Affleck par rapport aux studios hollywoodiens et au  monde du cinéma américain.

Par contre, on ne peut qu’être un peu déçu par cet aspect tellement… américain du film.
Même si Affleck ne diabolise pas l’Iran, il n’aide pas à relever l’image de ce peuple auprès des américains.

On retrouve malheureusement une certaine dichotomie du bien (l’Occident) et du mal (le Moyen-orient, toute cette bande de terroristes sanguinaires), et un moralisme à deux roupies qui n’est pas des plus subtiles…

On disait Argo déjà en course pour les Oscars 2013 avant même sa sortie. On en reste dubitatif. C’est certes un très bon film, bien construit, prenant, efficace, mais on a du mal à le voir se distinguer dans une catégorie « oscarisable »…

Merlin Pitois

Astérix et Obélix, au service de sa majesté

Réalisation : Laurent Tirard
Interprètes : Gérard Depardieu (Obélix), Edouard Baer (Astérix), Guillaume Galienne (Jolitorax), Vincent Lacoste (Goudurix), Catherine Deneuve (La Reine Cordelia), Charlotte Le Bon (Ophelia), Valérie Lemercier (Miss Macintosh), Fabrice Luchini (César), Bouli Lanners, Dany Boon, Gérard Jugnot…
Durée : 1h49
Sortie le 17 octobre 2012

La dernière fois qu’on avait vu un casting rassemblant autant de noms d’acteurs et d’actrices de renom dans un film français, c’était déjà dans un Astérix. Au regard de toutes ces qualités gaspillées dans ce qui était la troisième adaptation cinématographique des aventures d’Astérix, on pouvait s’attendre au pire de la part de cette transposition proposée cette fois par Laurent Tirard.

Côté adaptation, le réalisateur de Molière s’y connait assez bien. Il s’est d’ailleurs attaqué  à une oeuvre de Goscinny (le papa d’Astérix) au grand écran : Le petit Nicolas, en 2010. En cela, il excelle d’ailleurs, contrairement au trois précédents essais qui partaient un peu dans tous le sens (parfois dans le bon sens, souvent dans le mauvais). Il choisit avec ce film de compiler deux récits des aventures d’Astérix : chez les Bretons (les grands, pas les petits que nous sommes) et Les Normands. En cela c’est une vraie réussite, les histoires s’entremêlent et on retrouve dans l’histoire et dans les personnages la patte de leur créateur.

Gérard Depardieu en Obélix : magistral !

Côté casting, on retrouve – pour notre plus grand plaisir – Depardieu en Obélix, un rôle qui lui va si bien, et qu’on affectionne tant. S’il était déjà constant et très bon dans les les trois premières adaptations, il excelle encore plus ici. Il n’incarne pas, il ne joue pas : il est simplement Obélix. Impressionnant (allez voir par vous même).
On le savait excellent, mais pas forcément dans ce registre. Et surtout, cela faisait longtemps qu’il ne nous l’avait plus prouvé.

Le côté innovant du casting vient de l’acteur choisi pour incarner Astérix : Edouard Baer. Physiquement l’opposé d’Astérix, le choix surprend. D’autant plus qu’il avait déjà joué Otis, un scripte égyptien intello, dans l’Astérix Mission Cléopâtre d’Alain Chabat. Pourtant, il est bien plus crédible dans ce rôle que Christian Clavier cabotinant ou Clovis Cornillac jouant de ses fausses moustaches…

Côté seconds rôles, ce n’est pas mal non plus ! Le casting détonnant qui nous est servi est succulent, mention spéciale à Guillaume Galienne qui interprète Jolitorax, le cousin (grand) breton d’Astérix. Catherine Deneuve en reine anglaise flegmatique et distinguée est hilarante ; et que dire de Valérie Lemercier qui interprète Miss Macintosh, une Lady anglaise coincée qu’on adore détester…

Ce film joue sur les clichés qu’ont les français envers les anglais et inversément, et ce avec un humour second degré (british maybe ?) savoureux.

 

Néanmois, l’intrigue a parfois du mal a garder le rythme frénétique nécessaire à cette comédie. On notera aussi qu’à force de vouloir adapter trop à la lettre l’oeuvre de Goscinny et d’Uderzo, Laurent Tirard en oublie de créer son univers d’Astérix et d’y appliquer son humour, sa vision. Il reste dans une sorte d’entre-deux, et nous on reste un peu sur notre faim (non Obélix plus tard, on sort juste de table !).

Là où Tirard pêche, Alain Chabat avait réussi à merveille avec Mission Cléopâtre, en adaptant la BD mais en prenant également ses libertés, apportant son univers, sa vision. Peut-être la qualité d’une bonne adaptation passe par la digestion de l’oeuvre avant d’en proposer sa version ?…

Bref, Astérix et Obélix : mission Cléopâtre reste au dessus du lot, mais cette dernière adaptation tire tout de même bien son épingle du jeu. C’est une bonne comédie qui vaut le détour, juste par curiosité et pour certaines scènes déjà d’anthologie.

Merlin Pitois

Petits bonus :

– Luchini en César (ci-contre), ça ne vous donne pas envie ?

– Dany Boon en normand sanguinaire (ci-dessous) torturé par Valérie Lemercier, ça ne vous inspire pas ?