Après Mai

Olivier Assayas

Réalisation : Olivier Assayas
Interprétation : Clément Métayer, Lola Créton, Hugo Conzelmann, Félix Armand…
Durée : 2h02
Sortie le 14/11/12

Qu’est vraiment Après Mai ?
Un film engagé ? Une autobiographie de son réalisateur ? La recherche d’une esthétique, de l’ambiance des années 70, par nostalgie de cette époque ?

Après Mai traite de la jeunesse des années « après mai » 68, de ce qu’est devenu l’engagement politique et militant après cette révolution. On suit les tribulations de Gilles (Clément Métayer), sorte d’alter ego d’Assayas à 17-18 ans. Plus qu’un portrait des années 70, le film s’attache à peindre la façon dont Gilles vit l’effervescence politique et artistique de l’époque. Tous ces jeunes gens vont devoir faire des choix, trouver leur place dans une société en pleine mutation.

Après Mai manifestation

La force d’Après Mai, c’est avant tout son propos. Il traite de ces quelques années de transition entre l’adolescence et le passage à l’âge adulte, où les choix que l’on fait sont décisifs pour le reste de notre vie. Les choix de Gilles sont entre la politique et l’art, entre une femme ou une autre, entre la France, l’Italie ou l’Angleterre, entre la peinture et le cinéma. Tous ces choix qu’Assayas a fait il y a près de quarante ans, et qui l’ont amené à réaliser ce film aujourd’hui.

Lola Créton et Clément MétayerAssayas n’essaye pas de représenter fidèlement la jeunesse son époque, mais la jeunesse qu’il a connu lui, à travers ses yeux. Et sans s’inclure dans le récit, ce qui amène un recul – appréciable – dans son traitement du sujet.

Le film comporte du très bon : les costumes, l’esthétique des films tournés en Super 8, la bande-originale allant de la pop-rock « woodstockienne » aux premiers pas de la musique électro…
Malheureusement, il comporte aussi des maladresses : notamment dans le jeu des acteurs, tous novices ou presque. Si certains s’en sortent avec brio, d’autres sont moins crédibles, comme s’ils ne croyaient pas eux-mêmes à ce qu’ils disent. A force de laisser tant de liberté à ses acteurs, Assayas en oublie de les diriger, ce qui se révèle assez lourd de conséquences au vu du manque d’expérience des comédiens.

Assayas nous surprend avec Après Mai. C’est un film parfois maladroit et un peu trop long (2h02), mais qui mérite quand même le détour pour le propos traité avec passion et subtilité. Un film d’autant plus intéressant pour le jeune public qui n’a pas connu cette époque, mais n’entend que les récits fantasmagoriques et nostalgiques de ses aînés.

Merlin Pitois

©piu bella photographie
Olivier Assayas et ses deux comédiens : Clément Métayer et Hugo Conzelmann

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La Chasse

Réalisation : Thomas Vinterberg
Interprètes : Mads Mikkelsen, Thomas Bo Larsen, Annika Wedderkopp…
Durée : 1h51 – Danois
Sortie le 14 Novembre 2012

Comment ça le cinéma danois n’existe pas ? Un peu qu’il existe ! Et on s’en rend compte à Cannes :
– 1988 : Palme d’or pour Pelle le conquérant de Bille August (danois)
– 1992 : Palme d’or pour Les Meilleures intentions de Bille August (danois)
– 2000 : Palme d’or pour Dancer in the Dark de Lars Von Trier (danois)
– 2009 : prix du jury oecuménique pour Antichrist de Lars Von Trier (danois)
– 2011 : prix de la mise en scène pour Drive de Nicolas Winding Refn (danois), prix d’interprétation féminine pour Melancholia de Lars Von Trier (danois)

Vous voyez ? Le cinéma danois n’est peut-être pas aussi connu que le cinéma hollywoodien, mais il se défend plutôt bien grâce à quelques réalisateurs talentueux à la renommée mondiale. L’année dernière, il avait déjà bien fait parler de lui par la polémique créée par Lars Von Trier, lorsqu’il avait dit en conférence de presse qu’il « comprenait Hitler », mais aussi grâce au phénoménal succès qu’a connu Drive.

Cette année, il risque encore de faire parler de lui par le biais d’un film : Jagten (La chasse).   Il est en compétition officielle et risque de rafler au moins une, voir plusieurs distinctions…

Voici l’histoire de ce film : après un divorce difficile, Lucas, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent, dont la garde a été confiée à sa mère. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

Mads Mikkelsen et Thomas Vinterberg

     Jagten a pour force de ne pas tomber dans une empathie pour le personnage de Lucas, ou d’en faire un héros.  Ce film nous est présenté par un jeune réalisateur danois : Thomas Vinterberg, qui vient confirmer la bonne santé du cinéma danois, ainsi que son renouveau.
Cette histoire est portée à l’écran par un acteur hors-du-commun : le grand Mads Mikkelsen (que vous avez probablement vu dans un des derniers James Bond : Casino Royale), acteur vibrant qu’on a plaisir à voir revenir à des productions danoises après quelques excursions dans des films américains « à gros budget » (Le choc des titans, Les trois mousquetaires…)

     Jagten est un film complet, maîtrisé et subtil, dont nous vous conseillons vivement le visionnage dès sa sortie.

       Merlin Pitois

Argo

Réalisation : Ben Aflleck
Interprètes : Ben Affleck, Bryan Cranston, John Goodman, Alan Arkin…
Producteurs : George Clooney, Ben Affleck, Grant Heslov
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h59
Sortie le 7 novembre 2012

Bryan Cranston et Ben Affleck

A quarante ans, l’acteur Ben Affleck en est à sa troisième réalisation, pour notre plus grand plaisir. Après Gone Baby Gone et The Town, il revient derrière la caméra pour réaliser Argo, un thriller politique, genre qui commence à devenir sa marque de fabrique.

Argo est tout sauf une révolution dans le cinéma américain. Inspiré de faits réels, il traite d’une histoire d’espionnage, classée secrète, que Ben Affleck et les studios Warner Bros ont ramené au jour. Le 4 novembre 1979, au summum de la révolution iranienne, des militants envahissent l’ambassade américaine de Téhéran, et prennent 52 Américains en otage. Ben Affleck réalisateur
Mais six d’entre eux parviennent à s’échapper et trouvent refuge chez l’ambassadeur du Canada. Pour exfiltrer ces six ressortissants américains, la CIA invente une histoire pour le moins… originale, pour passer les contrôles iraniens. Un spécialiste de l’exfiltration (Ben Affleck), invente invente un faux-film tourné en Iran pour justifier sa venue en Iran et son départ avec l’équipe de tournage (les réfugiés américains). Ce plan a très peu de chances de réussir, mais la CIA choisi de le tenter quand même…

Côté thriller politique, Ben Affleck nous ravis par sa maîtrise de l’exercice de style. Il est largement au niveau des ses pairs (Scorsese, Ridley Scott…). Le film est servi par un casting à l’image de l’acteur-réalisateur : pas hors-du commun mais impeccable. John Goodman (The Artist) apporte humour et bonhomie par son rôle de producteur hollywoodien, et Bryan Cranston (Breaking Bad) est excellent dans le rôle du boss d’Affleck à la C.I.A.

On appréciera l’auto-dérision de Ben Affleck par rapport aux studios hollywoodiens et au  monde du cinéma américain.

Par contre, on ne peut qu’être un peu déçu par cet aspect tellement… américain du film.
Même si Affleck ne diabolise pas l’Iran, il n’aide pas à relever l’image de ce peuple auprès des américains.

On retrouve malheureusement une certaine dichotomie du bien (l’Occident) et du mal (le Moyen-orient, toute cette bande de terroristes sanguinaires), et un moralisme à deux roupies qui n’est pas des plus subtiles…

On disait Argo déjà en course pour les Oscars 2013 avant même sa sortie. On en reste dubitatif. C’est certes un très bon film, bien construit, prenant, efficace, mais on a du mal à le voir se distinguer dans une catégorie « oscarisable »…

Merlin Pitois

Skyfall, le carton de l’année ?

  • James Bond en quelques chiffres

Le dernier opus de la saga James Bond est sorti en salles vendredi 26 octobre dernier, et nous disposons des premiers chiffres du box-office français. Sur la première semaine d’exploitation dans les salles, le film récolte un score impressionnant : 1.839.220 entrées, soit le troisième meilleurs démarrage de l’année en cours après Avengers et La vérité si je mens. Soulignons en plus que Skyfall réalise ce chiffre en cinq jours, et non sept comme ses concurrents, du fait de sa sortie un vendredi.

James Bond vient se placer douzième en terme de fréquentation, en seulement cinq jours. Grâce à un franc succès public et aux éloges de la critique, ce vingt-troisième opus de la saga risque de faire carton plein. Et ce pour le plus grand plaisir des producteurs, le film ayant eu au total 220 millions d’euros de budget, soit le 2e bond le plus cher de l’histoire après Quantum of Solace. Mais en terme de démarrage, Skyfall supplante déjà tous les autres films de la série.

Désormais, la question est : jusqu’où ira Skyfall ? Peut-il aller titiller les champions du box-office français ? (Titanic, Avatar, Intouchables, Bienvenue chez les Chti’s...).

Merlin Pitois

Et vous, avez-vous envie d’aller voir Skyfall ? Qu’en avez-vous pensé ? N’hésitez pas à laisser un commentaire !

La culture en crise

  • Voici une lettre ouverte qui vaut le détour, elle parle du statut de l’artiste dans la société, de l’art, de l’intermittence… Jetez-y un oeil, c’est très instructif :

A l’attention de Monsieur le rédacteur en chef du magazine LE POINT
par Jacques-Emmanuel Astor, dimanche 28 octobre 2012, 17:39 ·
La vie facile de l’intermittent : Il est temps de (se) faire le point.

Ce matin, comme tout bon intermittent gâté pourri qui se respecte, je me suis levé tard, je me suis fait un café et, conscient de ma vie facile, j’ai décidé de me la couler douce en glandant sur facebook.
Et là, oh surprise, je tombe sur le titre de votre journal. Nous sommes dimanche, on vient de passer à l’heure d’hiver, il pleut, ça sent la journée « Drucker » à plein nez alors oui, c’est bon de rire parfois.

Alors comme ça, pendant que la France trime et croule sous les impôts, l’intermittent du spectacle lui, se la joue tranquille et se la coule douce ? Si vous le dites, c’est que cela est sûrement vrai, je ne doute pas de vos qualités d’investigation à l’heure où vous avez ébauché cette couverture. Vous êtes journalistes, un métier noble, respecté, intègre, sans régime spécial, abattements professionnels intouchables et autres. Vous êtes la France qui travaille, qui informe, qui guide… Vous êtes à des milliers de kilomètres de la réalité du monde qui vous entoure et que vous ne croisez plus depuis longtemps dans les salons de vos rédactions.

Je suis intermittent du spectacle, oui, mais ce n’est pas mon métier, c’est un statut. Mon métier ? Technicien du cinéma, plus précisément assistant réalisateur chargé de la figuration. Je fais, je travaille dans le cinéma, cette activité qui occupe encore quelques pages dans votre hebdomadaire et dont certains de vos collègues se targuent de connaître, de comprendre et de juger en pages culture. Je suis en charge de recruter les figurants, les acteurs de compléments, ceux qu’on ne voit pas, ceux qu’on ne connaît pas, ceux qui viennent pour une journée de tournage, parfois deux, salariés en cdd pour des salaires qui ne dépassent pas vos notes de frais. Ceux sans qui une séquence de foule n’existerait pas, ceux sans qui la vie et l’ambiance du film serait bien démunies en leur absence. Ce sont donc des « acteurs de compléments », des hommes, des femmes anonymes qui cumulent 43 cachets en 10 mois et demi pour vivre de leur métier, à raison d’une brève apparition par film en attendant un rôle, une pièce de théâtre où ils ne seront pas rémunérés durant les mois de répétitions précédant les représentations. Ca n’a rien de pathétique, rien de glorieux, c’est leur métier avant d’être un statut.

J’emploie en moyenne 300 personnes par film, je reçois en moyenne 2000 candidatures. Je crée des foules, des « chorégraphies » de passants qui passent, je place, habille des gens comme un enfant déballe sa boite de playmobils. Avec envie, avec plaisir. Souvent je trouve le figurant idoine, parfois je sauve juste le statut d’un comédien en manque de travail. Ca n’a rien de confortable, rien de pathétique, rien de glorieux. Le seul point commun qui nous anime eux et moi est l’envie de faire le métier, ce métier, toujours, tout le temps, le plus souvent possible.
Je ne connais pas d’assistant réalisateur, d’assistant caméra, d’ingénieur du son ou autres professionnels de la profession, qui ont choisi ce métier par confort du statut, je ne connais que des techniciens, artistes qui, tout jeune, ont choisi par passion ce mode de vie, sans connaître pour la plupart, les tenants et les aboutissants des calculs unedics à leur encontre. Non messieurs, mesdames les journalistes, au même titre que le journalisme, on n’entre pas dans ce métier par hasard, par intérêt, on y entre uniquement par envie, par passion, quitte à tirer un trait sur une vie classique, facile, rangée, confortable. Mais on l’assume, on ne revendique rien, on ne se plaint pas, on aspire juste à un peu plus d’objectivité de votre part.

Oui, nous bénéficions d’un statut spécifique qui peut choquer en ces temps de crise, mais ce n’est pas nouveau, c’est le prix à payer pour qu’un semblant de culture subsiste aujourd’hui. Connaissez vous un autre moyen pour qu’une exception culturelle survive aujourd’hui ? Pour que certains réalisateurs, metteurs en scène continuent de créer des films, des spectacles, dans cet océan de médiocrité culturelle qui nous submerge aujourd’hui ?
De tout temps, la culture a eu besoin des élites et des états pour vivre. Le ménestrel mangeait grâce à la générosité du seigneur du château, qu’en serait il aujourd’hui des pièces de Molière sans l’aide de Louis XIV ? Un Michael Haneke existerait-il aujourd’hui sans subventions et sans des techniciens confirmés ?
Alors vous pouvez titrer sur les gabegies de l’état, sur les facilités des intermittents, oui vous pouvez, vous avez la chance de pouvoir profiter d’une liberté d’expression que vous ne cessez de revendiquer au même titre que nous pouvons revendiquer une aide à la création pour que cette dite création continue d’exister chaque jour que Dieu fait.
Au lieu de tirer sur des cibles faciles, d’aborder des sujets qui divisent les gens au lieu de les amener à se rencontrer, à se comprendre, posons nous ensemble la question que personne n’ose aborder aujourd’hui :

« Qu’est ce que la culture aujourd’hui ? Quelle est sa place dans notre société ? L’importance que nous lui accordons et le soutien que nous lui apportons ? »

Offusquez vous des facilités accordées à moins de 100 000 artistes et techniciens en France à condition de soulever cette hérésie, cette supercherie de notre société moderne qui se plaint de l’augmentation de l’essence, mais qui patiente en foule des heures durant devant des magasins, pour posséder des smart phone à plus de 600 euros ou le dernier jeu vidéo à la futilité indispensable. Qui crache sur des artistes intermittents mais qui s’extasie devant une miss météo ou une bimbo de bas étage enfermée dans un loft en prime time. Aujourd’hui un film de cinéma est vu par 100 000 spectateurs, soit 100 foins moins qu’une vidéo sur Youtube, d’un mannequin qui flatule dans un jacuzzi.
Oui, la culture mérite le soutien de la société, mais à vous lire et à voir ce qui nous entoure, la société mérite-t-elle encore qu’on la cultive et en a-t-elle encore envie?
Ce matin, comme tout bon intermittent qui se respecte, je me suis levé tard… Pour la première fois depuis deux mois. Je viens de finir un tournage auquel je suis heureux et fier d’avoir participé, un film avec peu de subvention où chacun a fait l’effort financier pour que ce film existe.
Je me suis fait un café et je suis tombé sur la première page de votre journal. Je suis déçu de voir que des hommes de lettres et d’écrit puissent tirer à boulets rouges sur une catégorie qui pourtant au départ, n’est pas loin de leur ressembler. J’ai lu votre couverture… Je lirais l’article au hasard d’une salle d’attente de médecin ou dans le hall de la CAF et du Pole emploi. Là où finissent fatalement vos œuvres.

Demain matin, lundi, je vais tenter de joindre mon pôle emploi pour renouveler mon statut. L’hiver approche ainsi que ma taxe d’habitation, je ne bénéficie pas d’allocation de rentrée scolaire pour mon fils et je compte bien lui apprendre à lire, à discerner l’écrit, les lettres, de la diatribe poujadiste. Plus tard, il aura un vrai métier à l’avenir assuré : Journaliste au Point ou footballeur, qu’en pensez vous ?

L’intermittent est plus fourmi que cigale par les temps qui courent.

Jacques-Emmanuel Astor

Astérix et Obélix, au service de sa majesté

Réalisation : Laurent Tirard
Interprètes : Gérard Depardieu (Obélix), Edouard Baer (Astérix), Guillaume Galienne (Jolitorax), Vincent Lacoste (Goudurix), Catherine Deneuve (La Reine Cordelia), Charlotte Le Bon (Ophelia), Valérie Lemercier (Miss Macintosh), Fabrice Luchini (César), Bouli Lanners, Dany Boon, Gérard Jugnot…
Durée : 1h49
Sortie le 17 octobre 2012

La dernière fois qu’on avait vu un casting rassemblant autant de noms d’acteurs et d’actrices de renom dans un film français, c’était déjà dans un Astérix. Au regard de toutes ces qualités gaspillées dans ce qui était la troisième adaptation cinématographique des aventures d’Astérix, on pouvait s’attendre au pire de la part de cette transposition proposée cette fois par Laurent Tirard.

Côté adaptation, le réalisateur de Molière s’y connait assez bien. Il s’est d’ailleurs attaqué  à une oeuvre de Goscinny (le papa d’Astérix) au grand écran : Le petit Nicolas, en 2010. En cela, il excelle d’ailleurs, contrairement au trois précédents essais qui partaient un peu dans tous le sens (parfois dans le bon sens, souvent dans le mauvais). Il choisit avec ce film de compiler deux récits des aventures d’Astérix : chez les Bretons (les grands, pas les petits que nous sommes) et Les Normands. En cela c’est une vraie réussite, les histoires s’entremêlent et on retrouve dans l’histoire et dans les personnages la patte de leur créateur.

Gérard Depardieu en Obélix : magistral !

Côté casting, on retrouve – pour notre plus grand plaisir – Depardieu en Obélix, un rôle qui lui va si bien, et qu’on affectionne tant. S’il était déjà constant et très bon dans les les trois premières adaptations, il excelle encore plus ici. Il n’incarne pas, il ne joue pas : il est simplement Obélix. Impressionnant (allez voir par vous même).
On le savait excellent, mais pas forcément dans ce registre. Et surtout, cela faisait longtemps qu’il ne nous l’avait plus prouvé.

Le côté innovant du casting vient de l’acteur choisi pour incarner Astérix : Edouard Baer. Physiquement l’opposé d’Astérix, le choix surprend. D’autant plus qu’il avait déjà joué Otis, un scripte égyptien intello, dans l’Astérix Mission Cléopâtre d’Alain Chabat. Pourtant, il est bien plus crédible dans ce rôle que Christian Clavier cabotinant ou Clovis Cornillac jouant de ses fausses moustaches…

Côté seconds rôles, ce n’est pas mal non plus ! Le casting détonnant qui nous est servi est succulent, mention spéciale à Guillaume Galienne qui interprète Jolitorax, le cousin (grand) breton d’Astérix. Catherine Deneuve en reine anglaise flegmatique et distinguée est hilarante ; et que dire de Valérie Lemercier qui interprète Miss Macintosh, une Lady anglaise coincée qu’on adore détester…

Ce film joue sur les clichés qu’ont les français envers les anglais et inversément, et ce avec un humour second degré (british maybe ?) savoureux.

 

Néanmois, l’intrigue a parfois du mal a garder le rythme frénétique nécessaire à cette comédie. On notera aussi qu’à force de vouloir adapter trop à la lettre l’oeuvre de Goscinny et d’Uderzo, Laurent Tirard en oublie de créer son univers d’Astérix et d’y appliquer son humour, sa vision. Il reste dans une sorte d’entre-deux, et nous on reste un peu sur notre faim (non Obélix plus tard, on sort juste de table !).

Là où Tirard pêche, Alain Chabat avait réussi à merveille avec Mission Cléopâtre, en adaptant la BD mais en prenant également ses libertés, apportant son univers, sa vision. Peut-être la qualité d’une bonne adaptation passe par la digestion de l’oeuvre avant d’en proposer sa version ?…

Bref, Astérix et Obélix : mission Cléopâtre reste au dessus du lot, mais cette dernière adaptation tire tout de même bien son épingle du jeu. C’est une bonne comédie qui vaut le détour, juste par curiosité et pour certaines scènes déjà d’anthologie.

Merlin Pitois

Petits bonus :

– Luchini en César (ci-contre), ça ne vous donne pas envie ?

– Dany Boon en normand sanguinaire (ci-dessous) torturé par Valérie Lemercier, ça ne vous inspire pas ?

Un plan parfait

Réalisation : Pascal Chaumeil
Interprètes : Dany Boon, Diane Kruger, Alice Pol…
Durée : 1h44
Sortie le 31 octobre 2012

Dès son premier film, Pascal Chaumeil avait impressionné le public et la presse par sa maîtrise, son humour et son inventivité. Le réalisateur de L’arnacoeur avait fort à faire pour que son deuxième long-métrage soit aussi réussi que le premier.

Le premier étant une comédie romantique, Chaumeil choisit logiquement (au vu du succès précédent), de continuer à exploiter la même veine. C’est plus une comédie d’aventure romantique, pour être tout à fait exact, qui sort en salle ce mercredi.

Le scénario est un tantinet poussif sur le papier, comme vous pourrez le constater : pour contourner la malédiction qui anéantit tous les premiers mariages de sa famille, Isabelle (Diane Kruger) a une stratégie pour épouser l’homme qu’elle aime : trouver un pigeon, le séduire, l’épouser et divorcer. Un plan parfait si la cible n’était l’infernal Jean-Yves Berthier (Dany Boon), rédacteur pour un guide touristique, qu’elle va suivre du Kilimandjaro à Moscou…

Après avoir réuni un couple inattendu (Vanessa Paradis et Romain Duris) devant la caméra pour l’Arnacoeur, Chaumeil récidive dans Un plan parfait en réunissant l’excellente et sublime Diane Kruger (plutôt une habituée des drames) à Dany Boon.

La belle et le relou – Diane Kruger et Dany Boon

Un duo étonnant et détonnant qui fonctionne plutôt bien, pour notre plus grand plaisir. Si Boon cabotine pas mal comme à l’accoutumée, Diane Kruger se révèle hilarante dans son costume de BCBG un peu hystérique et bornée.

Là où l’alchimie fonctionnait dans l’Arnacoeur (entre le couple principal, entre les rôles principaux et les seconds rôles, entre la comédie et la romance), on constate plusieurs déséquilibres : les seconds rôles surjouent un tantinet, il y a certains bons moments de creux, l’image est surchargée, écoeurante presque…
Finalement, l’erreur de Chaumeil est d’avoir voulu utiliser la même recette, mais il s’est trompé dans les ingrédients. Et puis il ne faut pas resservir le même plat deux fois de suite à ses invités…

Retrouvez une interview de Dany Boon et Alice Pol pour Un plan parfait en début d’émission : http://www.radiocampusrennes.fr/scto/podcast-9965

Merlin Pitois