A la merveille

A la merveille

Réalisation : Terrence Malick
Interprétation : Olga Kurylenko, Ben Affleck, Javier Bardem, Rachel MacAdams…
Durée : 1h52
Sortie le 6 mars 2013

Comment ça ? Vous ne connaissez pas Terrence Malick ? Vous n’avez jamais entendu parler de celui qu’on présente comme le successeur de Stanley Kubrick ? Mais si, souvenez-vous, Malick est celui qui a gagné la palme d’or au festival de Cannes il y a deux ans pour son très controversé The Tree of Life. Cette histoire mêlant dans la narration l’origine du monde et le destin d’une famille américaine particulière. Avec à sa tête Brad Pitt, Sean Penn et Jessica Chastain, ce film marquait le grand retour de Malick au cinéma, des années après son précédent – et excellent – film : Le nouveau monde.

Cette semaine sortait en salle son dernier film : A la merveille. Avec à son casting Ben Affleck (qui a bien fait parlé de lui ces derniers mois avec Argo), avec Olga Kurylenko (la James Bond girl de Quantum of Solace), Javier Bardem (le méchant déluré de Skyfall) ou encore Rachel MacAdams (récemment à l’affiche de Passion de Brian de Palma), c’était déjà un bon indicateur pour espérer le meilleur de ce film.

En plus, une partie du film est tournée en France et au Mont Saint-Michel. Ce qui est du presque jamais vu, ou en tous cas pas comme ça. Malick est le premier à filmer pour le cinéma les intérieurs du Mont, et on en a pour notre argent pour le plaisir des yeux. D’ailleurs, il est complètement fou, il est allé tourner dans la baie du Mont Saint Michel, vous savez, cette baie où il y a tout le temps des touristes qui meurent dans les sables mouvants. Terrence Malick, lui, il emmène ses acteurs jouer dans les sables mouvants. Même pas peur ! Et bien moi j’ai eu peur pour eux…

Mais c’est bien là le seul moment de suspense, de tension, et même de simple captation de l’attention du spectateur, parce que dès 10 minutes de film, on commence à s’ennuyer un peu, on se demande où il veut nous emmener… Alors au bout d’une heure, je ne vous raconte pas… Et quand on pense que ça y est, c’est parti, il va enfin se passer quelque chose, ça retombe dans des plans de paysages – certes magnifiques – mais chiants à mourir. On espère tellement qu’il y ait un psychopathe enragé qui vienne mettre le bordel dans ce film, qui tourne au ralenti pour ne pas parler de grand-chose…

En bon critique de cinéma que je suis, je me suis littéralement attaché à mon siège, j’ai ouvert grand mes paupières, et j’ai essayé de comprendre ce qu’il voulait faire ou dire. Ben j’ai toujours pas compris. Par contre, je me suis posé plein de questions : est-ce un film sur le couple ? Sur la liberté ? Sur l’institution du mariage et ses conséquences ?      Au final, je pense que ce film traite plutôt de la spiritualité dans nos vies – pas forcément la spiritualité religieuse… Est-ce que le but est de nous dire que l’amour fait mal, que le bonheur n’est que passager ?  Ce film aurait aussi pu s’appeler Melancholia, car la mélancolie est le point commun entre tous les personnages. Est-ce un film sur le doute ?…

En gros, le jeu dans ce film, ce n’est pas d’essayer de comprendre ce qu’il veut dire, mais de comprendre les questions qu’il pose. La seule certitude qu’on peut avoir, c’est que Malick a du se faire plaquer et qu’il a eu besoin de faire ce film pour l’exorciser…

Sinon, concernant les acteurs, rien à dire, il font le job, et plutôt bien. Mention spéciale à Olga Kurylenko, qui tient le rôle principal du film, et qui joue essentiellement en français. Elle maîtrise parfaitement la langue et confirme son polyglotisme : en plus de l’ukrainien, sa langue maternelle, elle maîtrise donc le français, l’anglais, et l’espagnol comme on avait constaté dans Quantum of Solace. Mais ce n’est pas son seul talent, elle est extrêmement juste dans tous ses rôles et vient apporter beaucoup de relief au scénario d’A la merveille.

Par contre, Ben Affleck qui est présenté comme le premier rôle est très en retrait et doit avoir 3 répliques dans le film. Néanmoins, sa présence est remarquable.

Quand à Javier Bardem, ce grand acteur espagnol, on avait hâte de le découvrir en curé d’une paroisse retirée. Mais comme Sean Penn dans The Tree of Life, il est relégué à une place très secondaire. Il n’a que quelques plans où son hobby est de douter de sa foi en Dieu. Il a l’air de se demander ce qu’il fout là et nous aussi.

Et pour habiller tout ça, par contre, Malick a sorti sa grosse artillerie : il sort les violons pour l’ouverture orchestrale du film, il nous passe ses morceaux préférés de Chostachovitch, de Dvorak ou de Rachmaninov. Comme à l’accoutumée, il nous immerge dans une ambiance particulière, en filmant les paysages en les magnifiant. D’ailleurs, il adore les couchés de soleil, il faudrait en faire le compte parmi tous ses films, mais il doit bien y en avoir une cinquantaine… Il ouvre avec des plans sur les amoureux Ben Affleck et Olga Kurylenko, la caméra virevolte autour d’eux, recréant la magie et la légèreté du moment.

affleck - kurylenko

Ben Affleck et Olga Kurylenko

Puis plus le film avance, plus les plans sont fixes, immobiles, illustrant la chute amoureuse des acteurs… Olga Kurylenko est filmée en plans très mobiles, caméra à l’épaule, alors que Ben Affleck est film en plans fixes, afin de marquer le fossé qui sépare les deux personnages.

Quant au montage, il est très particulier, antiacadémique. Les dialogues pris en direct sur certains plans sont illustrés par d’autres plans. Il y a aussi une récurrence des voix off  typiquement malickiennes. Et pour finir, Malick nous emmène dans son histoire à l’aide des ambiances sonores. Vous pourrez le constater, il y a très peu de bruitages et de sons d’ambiance. On plonge au plus profond de l’âme des personnages grâce à ce traitement du son.

Au final, une seule question : mais c’est quoi ce film ? Et je suis désolé, mais je ne peux pas y répondre. Seule piste que j’ai imaginée : c’est en fait le film de ses vacances en France : le film ouvre sur Paris puis le Mont Saint Michel, et finit avec Versailles (et pour Versailles, sans la moindre raison à part que c’est beau…).

Merlin Pitois

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